Qu'est-ce que la pleine conscience? 

Une définition de la pleine conscience ("mindfulness" en anglais)

Lorsque j'enseigne la pleine conscience, je commence toujours par un exercice. La pleine conscience est un état que l'on doit expérimenter par soi-même.

Cet état correspond au moment où nous sommes solidement ancrés dans l'expérience présente.

Notre esprit a cessé de vagabonder entre le passé ("j'ai mal fait ceci, bidule va être furieux...), et le futur ("après ma méditation, il faut que je fasse ceci, cela...). Or, ces phases de vagabondage, sont le plus souvent l'occasion de reproches, de souvenirs d'échecs, ou encore, le reflet d'un emploi du temps ingérable... C'est pourquoi la pleine conscience est souvent utilisée en gestion du stress.

L'esprit est alors stabilisé dans le moment présent, seulement conscient de ce qui se passe en soi, et autour de soi, à cet instant. Pour y parvenir, nous utilisons l'ancrage dans nos 5 sens : nous nous focalisons sur des sons, des saveurs...

Nous essayons d'être ouvert, d'accepter tout ce qui vient, tel que cela vient, que ce soit agréable, désagréable, ou neutre. L'idée de non-jugement est centrale. 

Tout comme il n'y a pas de bonne ou de mauvaise méditation : chaque méditation est l'occasion de mieux me connaître, peu importe que mon esprit soit agité ou calme.

 

Y-a-t-il une différence entre "la méditation de pleine conscience" et la méditation?

Ce que l'on nomme "méditation de pleine conscience" est un terme qui a été popularisé par le programme créé par le Dr John Kabat-Zinn, à la fin des années 70, le MBSR. Il se réfère à un programme de méditation standardisé, centré sur l'attention au moment présent. Ce programme est laïc, mais s'inspire de traditions orientales plus anciennes, principalement bouddhistes et yogiques.

A l'origine, le terme "pleine conscience" vient du terme sanscrit "smriti", qui signifie l'"attention juste", le fait d'être présent : il s'agit d'observer, de manière neutre, ses perceptions, ses habitudes mentales, ses conditionnements etc. Bref, d'apprendre à mieux se connaître, à devenir un observateur de soi, et du monde environnant, de façon détaché.

Certains enseignants ajoutent un aspect éthique : il ne peut y avoir de pleine conscience, sans une dimension d'altruisme et de compassion.

Si on adopte cette définition, la plupart des exercices de méditation peuvent être qualifiés de "pleine conscience", mais également des pratiques que l'on trouve dans d'autres traditions, comme les tai chi chuan, les qi qong, le chamanisme, la philosophie stoïcienne etc.

Des exercices de pleine conscience en Grèce antique?

Nous croyons souvent que la méditation vient d'un seul bassin, l'Inde, où sont nés le yoga et le bouddhisme. C'est oublier que l'on trouve déjà de nombreuses pratiques méditatives et de pleine conscience chez les philosophes de la Grèce antique, et peut-être même à des époques plus reculées, dans les chamanismes préhistoriques européens.

Ces exercices ont en commun, d'être "des pratiques volontaires et personnelles, destinées à opérer une transformation du moi", nous dit le philosophe Pierre Hadot.

L'étude de ces exercices me laisse supposer qu'il existe un creuset universel de pratiques et de croyances... Sont-elles nées à des époques proches dans plusieurs zones géographiques? Sont-elles le résultat de syncrétismes (des rencontres, des mélanges d'idées)?  

Aujourd'hui, la mode est surtout au bouddhisme et au yoga, mais demain, le stoïcisme et le platonisme?

Les philosophes grecs, les yoga-sutras, et nous.

Comme vous le savez peut-être, je suis historienne, politologue, et passionnée de religions... Alors je me suis livrée à un petit jeu de comparatisme de textes : une citation de philosophe grec, une citation des yoga-sutras, et une traduction contemporaine, telle que je pourrais la dire dans mes cours.

Pour les yoga-sutras, les choix étaient multiples, et il faudrait éclairer chaque aphorisme... Rendez-vous à la retraite de yoga nidra;).

Epictète (IIème siècle ap. J.-C.) : ne cherche pas à ce que ce qui arrive, arrive comme tu le veux, mais veille que ce qui arrive, arrive comme il arrive, et tu seras heureux.

Yoga-sutras I.12 (Entre IIème siècle av. J.-C., et le Vème après?) : l'arrêt des pensées automatiques s'obtient par la pratique dans un esprit de lâcher-prise. 

Traduction contemporaine : accepte les choses telles qu'elles viennent, qu'elles soient agréables, désagréables ou neutres... Ainsi, peu à peu, on lâche-prise, et l'esprit s'apaise.

Sénèque (Ier siècle ap. J.-C.) : il jouit du présent sans dépendre de ce qui n'est pas encore [...] Il est sans espérance et sans désir, il ne s'élance pas vers un but incertain, car il est satisfait de ce qu'il possède. Et il n'est pas satisfait de peu de chose, car ce qu'il possède, c'est l'univers.

Yoga-sutras I.15 : le non-attachement est induit par un état de conscience totale qui libère du désir face au monde qui nous entoure.

Aujourd'hui : focalise-toi sur le moment présent, sans laisser tes pensées vagabonder, ni dans le passé, ni dans le futur. Dans le moment présent l'esprit cesse d'être agité, car il ne se soucie ni des problèmes passés, ni futurs : il se libère des chaines mentales qui l'entravent (croyances, peurs...).

Nous pourrions également faire un lien avec l'idée contemporaine de sobriété ou de décroissance heureuse...

Sénèque : en m'observant attentivement, j'ai découvert en moi certains défauts très apparents, et que je pouvais toucher du doigt, d'autres qui se dissimulent dans des régions profondes, d'autres enfin qui ne sont pas continuels, mais reparaissent seulement par intervalles.

Yoga-sutras II.11: les perturbations mentales qu'entraînent les souffrances peuvent être éliminées par la méditation [qui permet d'être en relation directe avec la réalité objective].

ou II.6 : le sentiment de l'égo vient du fait que l'on identifie le spectateur et le spectacle.

Aujourd'hui : la méditation permet de focaliser son attention sur ce qui se passe à l'intérieur de l'esprit. C'est un exercice d'observation qui permet de mieux se connaître, en se mettant à distance de soi-même (par exemple en imaginant que vous êtes assis au cinéma, et que vos pensées ne sont que les images projetées sur l'écran. Autre exemple classique, la technique des nuages : les yeux fermés, vous imaginez le ciel, et projetez sous forme de nuage chaque pensée qui vient, puis vous l'observez sans la commenter ou la juger, jusqu'à ce qu'elle se dissolve).